11.6.06

Le géant de pierre

Il dort paisiblement, une oreille sur le sol, le visage tiédi par le soleil, les yeux ouverts.
C’est un géant de pierre venu d’une époque lointaine, du temps des pharaons. Il connaît la sagesse et la folie des hommes et ne s’émeut pas de nos petites joies ni de nos vains combats.
Il est là jour et nuit, offert à tous les vents, dans son silence de pierre. Il sert de trophée à des touristes bruyants qui posent près de lui le temps d’une photo, sans réelle attention. Il n’est pas offusqué, il sait qu’il survivra bien après leur départ vers le pays des morts.
Dans ses rêves de pierre, il retrouve la reine qu’il a laissée jadis au pays des pyramides, car c’est un dieu sensible.
Il ne se départit pas d’une calme décence malgré les ballons, les brûlures de cigarettes, les graffitis et le vacarme ambiant. Il est accompagné de canettes vides, de mégots douteux et de papiers graisseux. Il demeure impassible, car c’est un dieu sensé.
Témoin privilégié d’un monde décadent, mélange de violence et d’une foi sincère, placé entre une église et la foule des Halles, il ne dit pas un mot, garde les lèvres closes et retient chaque image dans son âme de pierre.
Dans des milliers d’années, nous aurons disparu, mais le géant de pierre témoignera pour nous.